1863 – Accident de la Fouillouse (42)


Le Petit Journal du 27 août 1863 – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5883214/f3

Le 24 au soir, le banquet offert par M. le préfet de la Loire à M. le comte de Persigny et aux membres du conseil général a été subitement troublé par la sinistre nouvelle qu’un terrible accident venait d’arriver aux portes de Saint-Étienne, sur la ligne du Bourbonnais, et avait fait de nombreuses victimes. Ce bruit lugubre n’était que trop vrai.
Aussitôt, M. de Persigny, accompagné de M. le préfet, de M. le vicomte de Vougy, Exelmans, de Rochefort, Tézenas, Larribe, de MM. Abel Gay, procureur impérial; Allut, juge d’instruction; Graeff, ingénieur en chef; Sorel, commissaire central, etc., s’est empressé d’accourir sur le théâtre de l’événement.
C’était horrible: quatre cadavres affreusement mutilés gisaient sur le sol.
Voici ce qui était arrivé:
Le train qui passe à Saint-Étienne à 5 heures 47 minutes avait été signalé comme ayant un retard assez considérable. On crut cependant pouvoir faire partir le train d’Andrézieux, qui d’ordinaire suit l’express à quelques minutes d’intervalle. Ce train s’arrêta à la Fouillouse pour y prendre de l’eau; il avait encore une minute à rester en gare lorsque tout à coup on entendit de loin la marche accélérée de l’express. La panique fut générale.
Un employé, conservant son sang-froid, le sieur Allard, piqueur de la voie, courut aux portières et les ouvrit. Ce fut un sauve-qui-peut épouvantable, pendant lequel l’Express, qui allait à toute vapeur puisqu’il avait déjà, depuis Château-Creux, regagné quatre minutes, arriva sur le train d’Andrézieux et broya les wagons de queue, sans se préoccuper des signaux d’avertissement du disque.
Le choc a été si violent que la machine a été détachée, et, sous la forte impulsion qu’elle avait reçue, a suivi la voie jusqu’à Saint-Galmier, où on a pu l’arrêter. Le train de Paris n’a reçu aucune atteinte, et les employés de la machine eux-mêmes n’ont eu aucun mal.
On a relevé quatre morts:
Mme Rodet, du café de la Perle; [née Françoise FERRAND]
M. Heurtier, ancien avoué, le frère du conseiller d’État; [Mathieu Adolphe HEURTIER]
M. Sablières, fabricant de velours; [Antoine SABLIERE]
et un ouvrier dont le Mémorial de la Loire, qui rapporte ce fait, n’a pu nous procurer le nom. [Jacques MONTAGNON]
Les blessés n’ont pas été comptés; il paraît y en avoir un nombre assez considérable (douze ou quinze, dit-on), notamment Mme Vendres, qui a eu une côte enfoncée et a reçu de fortes contusions; Mlle Emonnet, tailleuse à Saint-Étienne, dont l’état inspire les plus vives inquiétudes; Mme Chaillot, qui a une jambe cassée; Mme Augier, femme du chef de gare de la Renardière; et Mlle Rodet qui, renversée par le choc sur le cadavre mutilé de sa mère, a reçu de graves contusions et a eu le visage profondément déchiré.
Le docteur Pitiot était dans le train; il s’est précipité sur la voie; il a été bientôt rejoint par les docteurs Giraud, médecin de la compagnie, Riembeault et Gallois; ces médecins, secondés par leurs confrères de la Fouillouse, ont donné les premiers soins aux blessés. Un wagon spécial a ramené en ville, dans la nuit, Mlle Rodet, Mme Chaillot et Mme Vendres. Mlle Emonnet a été transportée à l’hospice de la Fouillouse, et Mme Augier a reçu l’hospitalité chez le sieur Allard, piqueur.
Prévenu aussitôt, M. le procureur général Gaulot est arrivé dans la nuit; ce magistrat s’est rendu ce matin sur le champ du désastre avec M. le procureur impérial de Saint-Étienne et M. Allut.
La justice poursuit minutieusement son enquête.


Retour accueilImprimer la fiche

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut