Un grave accident ferroviaire s’est produit sur la ligne de Versailles (rive gauche), intégrée au réseau de l’Ouest, à proximité de la gare Montparnasse, sur le territoire de Plaisance. Le 17 mai au soir, un train de voyageurs parti de Versailles est entré en collision frontale avec un train de marchandises, suite à une fausse manœuvre d’aiguille qui a engagé le train de voyageurs sur la même voie que celui de marchandises venant en sens inverse.
Le choc a été violent : le fourgon à bagages a été broyé, un wagon de troisième classe détruit, deux autres gravement endommagés. Parmi les passagers de ces wagons, neuf sont morts sur le coup ou peu après, dix-sept ont été blessés plus ou moins grièvement. Les mécaniciens et chauffeurs des deux trains n’ont eu que des contusions légères. Les secours médicaux sont rapidement intervenus, les blessés ont été soignés et transportés à domicile ou à l’hospice. Les morts ont été identifiés et leurs familles prévenues, la plupart étant des ouvriers et leurs enfants.
L’enquête policière et judiciaire a été ouverte immédiatement, ainsi qu’une enquête administrative par les ingénieurs de la compagnie. Les premiers éléments confirment que la cause de l’accident est une erreur de manœuvre de l’aiguille à l’entrée de la gare des marchandises. Malgré la gravité de l’accident, la circulation ferroviaire n’a pas été interrompue, les voies ayant été rapidement dégagées. L’événement a suscité une vive émotion dans le quartier, une foule importante s’étant rassemblée autour du site du drame.
Pour lire le journal d’époque : La Presse du 10 septembre 1855 – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k477069w/f2
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ACCIDENT SUR LE CHEMIN DE FER DE L’OUEST.
Le chemin de fer de Versailles, rive gauche, qui fait maintenant partie du réseau des lignes fusionnées de l’Ouest, a été hier soir le théâtre d’un déplorable accident. Le train de voyageurs parti à six heures et demie de Versailles n’était plus qu’à un kilomètre de la gare du boulevard Montparnasse, lorsque, par suite d’une fausse manœuvre d’aiguille, il se trouva engagé sur la même voie que le train D. de marchandises, qui partait dans la direction opposée. Il était alors 7 heures 15 minutes. Une rencontre était inévitable. En vain les mécaniciens et les serre-freins essayèrent de prévenir le choc : le train de voyageurs heurta violemment le train de marchandises. Le fourgon de bagages fut littéralement broyé, un wagon de troisième classe brisé, et deux autres wagons gravement endommagés.
Parmi les voyageurs que contenaient ces deux wagons, neuf ont été tués sur le coup ou atteints de blessures mortelles auxquelles ils n’ont pas tardé à succomber. Dix-sept autres ont été plus ou moins grièvement blessés. Nous ne saurions préciser le nombre de ceux qui ont été plus ou moins contusionnés.
Les mécaniciens et les chauffeurs des deux trains, qui sont ordinairement les premières victimes de ces accidents, ont échappé au danger, et n’ont reçu que de simples contusions.
L’accident a eu lieu entre le passage dit de la Providence et celui des Bœufs, sur le territoire de la commune de Plaisance, à la sortie de la gare du marchandises du chemin de fer de l’Ouest.
Aux premiers cris d’alarme, M. le docteur Saint-Macary, médecin de l’administration du chemin de fer, et plusieurs médecins de Vaugirard et des environs, sont accourus pour donner les premiers soins aux blessés. Les agents de l’autorité, prévenus de l’accident, se sont immédiatement rendus sur les lieux. Les blessés ont été, sur leur demande, transportés à leur domicile par les soins de l’administration, assistée des agents de la Compagnie.
Les morts ont été déposés dans le bâtiment des bureaux de la gare des marchandises pour y être reconnus par leurs familles. Deux hommes, trois femmes et quatre enfants appartenant à la classe ouvrière ont pu être réclamés : Voici leurs noms et leurs adresses :
Mme Perrot, rue Saint-Victor, no 9 ;
M. Mazurier fils, rue du Marché-des-Patriarches, no 3 ;
Mlles Rose (deux sœurs), rue de la Chaise, no 8 ;
Mlle Delaville, place Saint-Michel, no 12 ;
M. Geoffroy et ses deux enfants : Marie et Henri, rue de l’Ouest, no 56 ;
M. Chéron, route d’Orléans, no 88.
On cite parmi les plus grièvement blessés un invalide qui aurait eu les jambes brisées.
Au moment où l’on s’empressait de faire venir une locomotive de secours de la gare des marchandises, un des serre-freins a été mortellement atteint par le choc de la machine et transporté à l’hospice dans un état désespéré.
Hier, dans la soirée, une première enquête a été ouverte par M. Monval, commissaire de police du 10e arrondissement, assisté par un officier de paix.Ce matin, de très bonne heure, M. le procureur impérial Lascoux et un de MM. les juges d’instruction du tribunal de la Seine ont procédé à une information judiciaire. M. Flachat, ingénieur en chef des lignes de l’Ouest ; M. Blavier, ingénieur en chef du contrôle, et plusieurs membres du conseil d’administration s’étaient rendus, de leur côté, sur les lieux, pour procéder à une enquête administrative. Il paraît résulter des premiers renseignements recueillis que l’accident doit être attribué à la fausse manœuvre de l’aiguille d’entrée de la gare des marchandises. La circulation n’a pas été interrompue. Dès hier soir, les ouvriers de la Compagnie, sous la conduite de M. Larpent, ingénieur du matériel, ont commencé à déblayer la voie, et dans la matinée d’aujourd’hui, les derniers vestiges de l’accident avaient disparu. Une foule considérable a stationné pendant toute la journée d’aujourd’hui aux abords de la gare des marchandises et dans les rues de Plaisance qui avoisinent le théâtre de ce douloureux événement. – Signé : Ch. Brainne.
La liste des personnes décédées :
- CHERON
- DELAVILE Marie Joséphine Rosalie
- GEOFFROY Cyr Jacques
- GEOFFROY Henri
- GEOFFROY Marie
- MAZURIER (fils)
- PERROT attention nom de son mari : dame Perrot
- ROZE Jeanne Louise
- ROZE Marie Élisabeth
