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Mise à jour du 15 août 2026 : Identification des victimes et liste des blessés
Mise à jour du 15 août 2026 : Ajout d’un visuel de l’accident
Journal des faits, édition du 21 septembre 1853, page 3 et 4


Visuel de l’accident
Le choc a été terrible et composé de deux secousses pour le train des malles-postes, comme nous l’a expliqué un voyageur qui est sorti sain et sauf du dernier wagon, avec quelques contusions seulement. On présume que les mécaniciens des deux trains ont fait des efforts subits et impuissants pour arrêter leurs machines, et que c’est à leur présence d’esprit et à leur courage qu’on doit de n’avoir pas à déplorer un malheur encore plus affreux. Les deux locomotives du train de marchandises ont été renversées en travers sur la voie hors des rails, et la locomotive du train express est entrée sous les deux premiers wagons du train de marchandises, lesquels sont restés sur cette machine, et formaient avec elle comme un monticule sur lequel se sont buttés les trucks et les voitures des deux convois.
Une scène difficile à décrire se passait en ce moment : le choc a été si rude que presque tous les wagons du train express ont été brisés et jetés pêle-mêle des deux côtés de la voie. Une voiture de première classe est tombée en roulant jusqu’au bas du remblai qui a une hauteur de 7 à 8 mètres environ, et est restée sens dessus dessous. Les voyageurs étaient précipités sur le chemin hors des voitures qui s’entr’ouvraient en se brisant ; et quelques wagons même ont été réduits en petits éclats, comme si on les eût broyés. La violence du coup avait produit une stupeur générale qui, jointe aux cris déchirants qui se faisaient entendre, occasionna un instant de consternation où il y eut d’affreuses angoisses. Peu à peu les voyageurs non blessés reprirent leurs sens et s’empressèrent de porter secours à ceux qui étaient engagés sous les débris.
C’est à ce moment qu’arrivent les habitants de Saint-Benoît. On s’empresse de relever les blessés, on les place sur des matelas et sur des brancards, faits avec les débris des wagons. Deux médecins, qui étaient au nombre des voyageurs, donnent leurs soins aux plus malades. Bientôt les secours viennent de toutes parts ; trois compagnies du 23ᵉ léger, un détachement de dragons, des locomotives et des wagons envoyés de la gare arrivent sur le lieu de l’accident. On déblaye la voie, on retire des cadavres, on transporte les blessés chez M. ALLAIN, chez M. LAGRANGE, à la Boule-d’Or et à la gare de Poitiers. Un grand nombre de voyageurs sont revenus à pied et en omnibus à la ville, et on a dû en saigner plusieurs tant leur émotion avait été violente.
M. le préfet, M. le maire de Poitiers, M. le procureur impérial, M. CHOPY faisant fonctions de juge d’instruction près le tribunal de première instance en l’absence du titulaire, M. le commandant de gendarmerie, le capitaine et ses gendarmes, M. le commissaire central de police avec ses agents, des officiers de la garnison se rendent en toute hâte à Saint-Benoît. C’est alors que l’on peut constater que les victimes sont au nombre de cinq, (six avec BUOT) savoir :
GERVAIS, conducteur chef ; [non prénommé GERVAIS]
PETIT, chauffeur ; [Philippe Jean PETIT]
DESNOSSE, de Poitiers, conducteur ; [Hippolyte Eugène DESNOSSE]
BABOUT jeune, chauffeur ; [Jacques Alphonse BABOU]
CHARROIS, mécanicien ; [non prénommé CHARROIS]
BUOT, gravement blessé s’ajoutera à cette liste; [François BUOT]
Nous croyons devoir publier également le nom des personnes qui ont été blessées plus ou moins grièvement, pour tranquilliser les familles qui pourraient avoir des craintes pour quelques-uns de leurs membres :
M. ROBINEAU, de Paris, blessé à la tête ;
M. RODRIGUE, agent de change à Paris, blessé au visage ; M. RODRIGUE fils, blessé au bras ; la femme de chambre de Mme RODRIGUE, blessée grièvement ; Mlle RODRIGUE, contusionnée ;
M. Manuel LAGUIA-SAMPO, député aux Cortès, blessé à la tête et à la jambe ;
M. Pierre BABAULT, chauffeur, jambe cassée ;
M. PETIT, graisseur, le frontal enfoncé ;
M. MOREAU, mécanicien, bras cassé, contusion à la tête ;
M. Robert GRAHAM, Écossais, blessé à la tête ;
don Pedro d’ELGADO, député aux Cortès, blessé à la tête ;
dona d’ELGADO, blessée à la tête.
Les chirurgiens de l’Hôtel-Dieu ont reçu deux blessés :
Le sieur MORTIER, employé du chemin de fer, atteint d’une fracture compliquée de l’articulation du pied droit, avec luxation ;
BUOT, mécanicien, atteint de fractures multipliées des côtes, des os du bassin, avec écrasement de l’extrémité inférieure de la jambe, et destruction de tout le pied. (qui décédera de ses blessures quelques jours plus tard)
L’état de cet homme est extrêmement grave.
Cinq ou six autres voyageurs ont été blessés légèrement.
Les deux chauffeurs étaient sous les locomotives renversées, et on n’a pu retirer leurs cadavres mutilés qu’à quatre heures et demie du soir.
L’inspecteur, M. de SAZENAY, qui se trouvait comme ces malheureux sur une locomotive, a eu le bonheur d’être jeté au loin et d’en être quitte pour quelques contusions.
Au bruit de l’accident, MM. les docteurs GUÉRINEAU, BONNET, ARLIN, LEPETIT, CHEVALIER, de BÉCHILON, etc., sont accourus prodiguer leurs soins aux malades.
M. le curé de St-Benoît et le R. P. BOISSAC, de la maison des jésuites de Poitiers, où l’on est assuré de trouver toujours des prêtres empressés à porter les secours spirituels, remplissaient les devoirs de leur saint ministère auprès des blessés.
M. MAGNE, ministre des travaux publics, qui se rend dans le Midi et se dirige actuellement sur Marseille, était dans le train des malles. S. E. n’a pas été blessée et a pu, quelques heures après, continuer son voyage en chaise de poste.
Au milieu du tumulte, une jeune mère se lamentait et demandait à grands cris son enfant, âgé de douze à quinze mois. On l’a trouvé sain et sauf derrière quelques décombres. Une autre mère cherchait comme une folle son fils, qu’elle demandait à tout le monde. On l’a retrouvé chez M. le curé de Saint-Benoît.
On nous assure que l’accident a fait une telle impression sur l’esprit d’une dame, qu’en voyant tout le tumulte elle se mit à rire aux éclats. Sa raison s’était égarée.
On a admiré le courage et le dévouement d’un [militaire] qui, couché sur le pont et blessé [grièvement à la jambe], refusait de recevoir les soins des médecins avant [que les blessés qui étaient] plus maltraités que lui eussent été soignés. Malgré son insistance honorable, le médecin a persisté à faire le pansement nécessaire.
Parmi les personnes qui se sont le plus distinguées par leur empressement, nous avons entendu citer les noms de MM. ALLAIN, BAUDOUX, LAGRANGE, AUTELLET et SIBRAC, son employé, du nommé BOYER, graisseur du train, qui n’avait pas été blessé, etc.
Le soir, Mgr l’évêque, accompagné de M. SAMOYAULT, vicaire général, est allé dans tous les hôtels visiter les blessés. Nous n’avons pas besoin de dire que partout Sa Grandeur a été accueillie avec joie, et que sa présence a produit de douces consolations.
Nous savons que quatre mandats d’amener ont déjà été décernés contre des agents de la compagnie du chemin de fer, que les dépêches télégraphiques expédiées sur la ligne ont été saisies, et que la justice fera son devoir.
En présence d’un tel malheur et des conséquences ultérieures qu’il peut avoir, nous n’ajouterons aucune réflexion. Nous dirons seulement que déjà nous avions fait entendre quelques plaintes sur le service depuis la mise en circulation de la ligne de Poitiers à Bordeaux, et que nous ne doutons pas que MM. les administrateurs de la compagnie ne prennent les mesures indispensables pour éviter le renouvellement de semblables sinistres.
Parmi ces mesures, nous plaçons en première ligne la pose de la seconde voie.
Signé : Henri Oudin. »
