Le Matin, édition du 5 septembre 1890
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k554223r/f2
TERRIBLE ACCIDENT
Encore la Compagnie du Nord — Comment on renseigne le public — Incurie criminelle.
La Compagnie du Nord n’exploite pas un réseau très considérable. Mais il serait curieux d’établir par kilomètre le rendement de cette Compagnie en cadavres et en blessures. C’est là qu’ont lieu de préférence les accidents mémorables. La statistique nous fournirait à cet égard les documents les plus inquiétants pour les malheureux obligés de faire sur cette ligne des trajets, si courts qu’ils soient. La nuit dernière, à quatre heures et quart du matin, l’express de Calais à Paris a déraillé entre Ailly-sur-Noye et La Faloise. La machine est tombée dans un talus de dix mètres, entraînant après elle le fourgon du conducteur, un wagon-poste et deux voitures. Il va sans dire que tout cela a été pulvérisé. C’est miracle si l’un des wagons était vide et l’autre seulement un seul voyageur, agent de la Compagnie, PICHON, attaché au service de la gare de Saint-Denis. Quiconque a fait un parcours sur cette ligne sait combien les wagons y sont mal attachés. Les voyageurs pour Douvres et Folkestone font là un apprentissage fort superflu du roulis qui les attend à la traversée. C’est pourtant à cette incurie habituelle de la Compagnie du Nord que le reste du train a dû son salut. Évidemment, les chaînes trop lâches ou vermoulues se sont rompues. Voici les victimes qu’on avoue : un mort, [Constant Charles Ernest] PICHON ; un blessé grièvement, M. Boulanger, conducteur du train, qui a une jambe fracturée et de nombreuses blessures; quatre employés des. postes blessés. On attribue la cause du déraillement du train à la chute d’une poutre de fer tombée d’un train de marchandises précédent et qui a obstrué la voie. Personne ne s’en est aperçu, tant le service est bien fait dans cette Compagnie ! Ni le conducteur du train de marchandises, ni ses cantonniers, n’ont pris garde à l’accident inévitable. Les voyageurs, qui ont eu le bonheur inespéré d’échapper à une mort certaine, se sont morfondus sur la voie pendant tout le reste d’une nuit humide, et ne sont arrivés à Paris que vers dix heures du matin. Nous publions, pour édifier le public, l’invraisemblable note que la Compagnie du Nord communique à la presse pour annoncer ce terrible accident. Nous recevons de la Compagnie du Chemin de fer du Nord la note suivante : « Le train express n° 10, venant de Calais, à déraillé cette nuit, vers quatre heures, entre les gares d’Ailly-sur-Noye et de La Faloise. » Un agent de la Compagnie a été tué, le chef de train a reçu des contusions graves, un employé des postes a été légèrement contusionné. » La cause du déraillement n’est pas encore connue.» Si l’on compare cette note aux renseignements très sommaires et encore très incomplets que nous avons publiés plus haut, on jugera la véracité des directeurs de cette Compagnie.
