La Presse, édition du 4 novembre 1883
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5446409/f3
DÉPARTEMENTS
L’accident de la Ferté-Bernard. La Compagnie de l’Ouest nous communique la note suivante :
« Le train poste parti de Paris-Montparnasse pour Brest le 1° novembre, à huit heures du .soir, à été rejoint,en gare de la Ferté-Bernard par une machine isolée qui rentrait à son dépôt. » Le fourgon de queue et deux voitures de 2° classe ont été gravement atteints par le choc. Dix-neuf personnes ont été blessées et l’une d’elles, une femme, a succombé. »
Le choc a été d’une violence extrême, car les deux voitures et le fourgon ont été complètement brisés. Les voyageurs sont tombés pêle-mêle au milieu des débris, en poussant des cris épouvantables. Le chef de gare et les employés se portèrent immédiatement au secours des victimes. A huit heures, lorsque nous nous sommes présenté à la gare Montparnasse pour avoir des renseignements, on ne possédait pas encore la liste des victimes, avec leurs noms. D’ailleurs, il nous a été répondu qu’il avait été défendu de donner aucun renseignement aux journalistes. C’est là une mesure regrettable, car le public, dans une circonstance aussi grave, doit être renseigné et surtout rassuré. Cependant, on nous a affirmé qu’aucune des victimes n’est en danger de mort; plusieurs ont pu continuer leur route, après avoir reçu les soins que nécessitait leur état à la gare de la Ferté-Bernard. Les personnes plus gravement blessées ont été transportées en ville, où des médecins se sont empressés de leur prodiguer leurs soins. Les débris des voitures ont couvert la voie montante pendant deux heures. Vers deux heures du matin, la circulation était rétablie sur la voie dans les deux sens.
Comment cette collision a-t-elle pu se produire ? Le train-poste n° 18 était arrêté en gare, conformément aux prescriptions réglementaires. Il est donc étonnant qu’une locomotive isolée, rentrant du Mans, soit soudainement tombée sur ce train à toute vapeur, si les signaux ont été faits régulièrement, comme l’a affirmé l’employé chargé de ce service. Il faudrait alors croire que le mécanicien et le chauffeur étaient endormis. La nouvelle a été annoncée à la gare Montparnasse, à Paris, à une heure et demie du matin. Deux trains de secours ont été immédiatement envoyés à la gare de la Ferté-Bernard, où un ingénieur et un administrateur de la Compagnie se sont rendus, le matin dès la première heure, pour procéder à une enquête qui établira les responsabilités. Au dernier moment, nous apprenons que le chauffeur et le mécanicien de la locomotive isolée qui a causé l’accident, ont été mis à la disposition de la justice.
La victime : Mme ROBIN (nom marital) [Thérèse ALLANO] son mari (M. ROBIN) était facteur de ville à Versailles, ils voyageaient avec leur fils (pas d’âge donné), elle était âgée de 36 ans.
Le Petit Quotidien du 4 novembre 1883 page 3/4
Voici les noms des voyageurs qui ont été blessés dans l’accident à l a Ferté-Bernard :
- M. BREHIN, maître d’hôtel à Saint-Jean-sur-Mayenne; fracture à la jambe gauche.
- Mme SCHŒRRER, couturière, rue de Grenelle, 110, à Paris; contusion à la poitrine.
- M. ROBIN, facteur de ville à Versailles; bras droit fracturé.
- M. LEMAILLOT, rue de Normandie, 11, à Asnières, employé au chemin de fer; contusions.
- M. VILLETTE, trompette au 26° d’artillerie, au Mans; blessure au mollet droit.
- M. BOUILLANT, rue Roger-Champ-d’Asile, 6; foulure à une jambe.
- M. de CHATEAU, à Dinard (Ille-et-Vilaine); blessures à la tête.
- M. LECADRE, boulanger à Selles-Saint-Cloud; contusions à la tête.
- M. TAMARELLE, artiste, avenue de Belleville 10, à Bois-Colombe; deux jambes fracturées
- M. FISCHER, conseiller général, à Pré-en-Pail (Mayenne); jambe droite fracturée.
- M. BRIANTAIS, conducteur de train, à Poissy; jambe gauche fracturée.
- M. BLANCPAIN, garde-barrière, à Bois-Colombes; deux jambes contusionnées.
- Mme BLANCPAIN, fortes contusions.
- M. LEROUX, entrepreneur à Saint-Malo; blessures aux mains et contusions à la jambe gauche.
- M. PORCHER, caporal au {102° de ligne; fracture de la jambe gauche. Ce malheureux jeune homme se rendait à Silé pour les noces de sa sœur. Il a subi l’amputation vendredi matin.
- M. GALLOIS, sous-chef de gare à Noyal; jambe droite broyée.
- M. LEBRUN, employé au bureau particulier à la gare Saint-Lazare: fracture d’une jambe.
- M. CHEMIN, caporal au 64° de ligne; contusions aux jambes.
- Un militaire, ordonnance d’un officier du 14° d’artillerie, transféré au Mans; jambe fracturée.
