1899 – Collision de Frontenac [Mise à jour victimes]


Le Journal de Beaune daté du 8 avril 1899 page 1/4



La Gironde, dans son édition du 8 avril 1899 en page 3/4

La Rencontre de Trains à Frontenac.
Un Mort. Quatre Blessés.

Voici des détails complets sur cet accident que nous avons signalé hier.

L’Accident
La rencontre a eu lieu une partie courbe de la voie, au petit pont métallique jeté au-dessus du ruisseau d’Engranne, qui sert de limite aux communes de Frontenac et Baigneaux. Dans cette partie courbe, les trains ne peuvent s’apercevoir qu’à une distance d’environ 150 mètres.
La machine 510, conduite par le mécanicien Étienne GILBERT, âgé de trente-trois ans, père de deux enfants, et par le chauffeur Ambroise Reydi, âgé de vingt ans, venait dans la direction de Sauveterre et remorquant les wagons vides du ballast transporté le matin, a tamponné le train de ballast venant de Bellefond conduit par la machine 887, montée par le mécanicien COSME, agé d’environ trente trois ans et DUBERGER, chauffeur agé de vingt ans.
Le choc a été épouvantable, le tender de la machine 510, qui se trouvait à l’avant, est monté sur la chaudière de la machine 887 et a fait dérailler cette dernière; quatre ou cinq wagons de ballast de chaque train sont venus se briser contre les machines. Le mécanicien ainsi que le chauffeur du train 887 n’ont reçu que de très légères contusions, et les deux ou trois hommes qui se trouvaient sur les wagons chargés n’ont eu aucun mal.
Il n’en est malheureusement pas de même pour toutes les personnes se trouvant sur le train 510.
Le mécanicien GILBERT a été pris par la jambe gauche entre le tender et la chaudière de sa machine; impossible de le dégager avec les moyens dont pouvaient disposer les personnes accourues immédiatement sur le lieu de la catastrophe : tout le monde a fait le possible et l’impossible, mais il a expiré vers une heure et demie, avant qu’on ait pu le sortir de cette pénible situation.

Les Secours.
Immédiatement prévenus les équipes d’ouvriers, employés à Saint-Jean-de-Blaignac, à la préparation du gravier, se sont rendus avec une machine, ainsi que ceux occupés à la pose de la voie à Saint-Martin-du-Puy. Arrivés sur les lieux à une heure, les ouvriers ont attaqué le déblaiement de la voie par les deux côtés et mercredi soir, à huit heures, après un rude travail, la voie était à peu près déblayée, et la machine 887 remise sur la voie. Le tender de la machine 510 en la dégageant est tombé sur le pont et y a occasionné quelques dégâts.

Les victimes
Les pertes matérielles pour l’entrepreneur, M. CHAUMON, sont évaluées à environ 25,000 francs ; mais malheureusement, presque toutes les personnes montées sur le train 510 sont contusionnées, et quelques-unes ont leur vie en danger. Sans compter le pauvre mécanicien GILBERT, [Etienne GILBERT] le chauffeur Ambroise Reydi a tout le corps brûlé par la vapeur de la chaudière, qui a éclaté au moment de la rencontre.
Sur les quatre jeunes filles montées sur le deuxième wagon de ballast réduit en miette par le choc, une seule, Melle Angèle SYLVAIN, âgée de vingt ans, n’a aucun mal; quoique projetée ainsi que ses camarades au moment de la catastrophe, c’est miracle qu’elles n’aient pas été toutes broyées. La plus atteinte des jeunes filles est Melle Hélène Simon GIMENÈS, âgée de dix ans, qu’on a retirée du milieu des débris, assez fortement brûlée par la vapeur. Son état, ainsi que celui de Reydi, de l’avis du docteur Vialard-Goudon, qui a soigné les malades, est alertant. Melle CANTE, âgée de dix-huit ans, est également contusionnée et fortement brûlée. Une autre de moiselle GIMENÈS à peu de mal. M. CHOURIER, chef de district, se trouvant sur la machine 510, a côté de Reydi, n’a échappé à une mort certaine qu’en sautant sur la voie.

Les Responsabilités.
Avant de mourir, le mécanicien GILBERT aurait reconnu avoir commis la faute de ne pas attendre la machine 887 à la gare de Saint-Brice, comme cela lui avait été prescrit. Toute la population a été fortement impressionnée par ce terrible accident, et il y a lieu de la féliciter de son dévouement en cette circonstence, notamment la famille FAUROUX, de Frontenac, qui a recueilli les jeunes filles victimes de l’accident, qui leur a procuré des vêtements et a fourni un lit à la petite GIMENÈS en attendant qu’on puisse la transporter chez ses parents, à Sauveterre; au docteur qui a recueilli REYDI et lui a donné ses soins.

Le chauffeur Ambroise REYDIE a succombé à ses blessures
Le Temps, édition du 10 avril 1899
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k235975k/f3



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